vendredi 30 janvier 2015

Récit d'un SuperFail matinal

Aujourd'hui, j'ai cédé à mon côté obscur.

Il faut savoir que, un jour de mes 7 ans, le Saint-Nicolas paternel m'a apporté - à ma grande joie -  une panoplie du Petit Chimiste, qui m'a été confisquée 24 heures plus tard. J'avais mélangé tous les produits d'un coup dans mon Becher minuscule et tenté de faire chauffer ma mixture sur la lampe à alcool fournie que, faute d'alcool, j'avais copieusement remplie d'huile d'olive (bah oui mais fallait pas me faire lire du Jules Vernes avant l'heure, aussi).
Le début d'incendie étouffé, la boîte de jeu disparut donc aussitôt dans les limbes des objets interdits. Trop tard, hélas: le mal était fait en mon âme innocente et désormais corrompue à jamais. Peser, mélanger, diluer,faire fondre,  faire chauffer, transformer un produit en un autre devint une obsession secrète. J'ai longtemps continué mes expériences foireuses dans le secret de la salle de bain, où je mélangeais dans mon verre à dent des quantités variables de tout ce qui me tombait sous la main. Occupation inutile mais qui avait le mérite de vider les flacons de shampoing à une vitesse prodigieuse (et de m'envoyer moisir au coin de longues heures).
Aujourd'hui, je n'ai toujours pas récupéré ma panoplie de chimiste, mais la bonne nouvelle (ou pas) c'est que je ne dois plus m'enfermer dans ma salle de bain pour jouer à Mickey apprenti sorcier car j'ai une cuisine où je règne en maître.

Mais parfois, je craque mon slip et ça dérape.

Explications:

L'autre jour, Mireille et moi traînons dans un magasin quelconque en quête de babioles, quand son oeil aguerri repère, près des caisses, une étagère remplie de condiments et fruits secs de bon aloi.
Parmi les denrées exposées, toute une collection de "superaliments" en promo. Canneberge, baies de Goji, graines de chia, bref, tous ces petits trucs tout secs qu'on vous vend généralement pour la modique somme d'un rein et demi la cuillérée en magasin bio.


Curieuse des papillles ( et déjà brainwashée par le joli packaging, soyons honnêtes), je me dis que c'est là une formidable occasion de tester de nouveaux ingrédients sans devoir grever le budget bouffe hebdomadaire. Et de rentrer à la maison avec la collection complète de superaliments (pourquoi être raisonnable quand ça coûte 2 euros le pot ?) à savoir: des canneberges, des baies de goji, du grué (fèves de cacao torréfiées et concassées), des graines de chia et de la poudre de blé vert.
De retour chez moi, prise de remords face à cet achat impulsif, j'ai quand même voulu savoir sur quel terrain glissant je m'aventurais.  Qu'est-ce qu'un "super aliment", déjà ?

"En matière d’alimentation et de santé, le concept de superaliment s’avère très populaire. On ne compte plus dans les médias les reportages sur les aliments ultra-sains, depuis la myrtille et la betterave jusqu’au cacao et au saumon. Ces reportages seraient fondés sur les résultats scientifiques les plus récents, et nous affirment que manger ces aliments donnera à notre corps le coup de fouet nécessaire pour éloigner la maladie et le vieillissement."[...] Pourtant, il n’en existe aucune définition technique, et les résultats scientifiques démontrant les effets (fussent-ils souvent bénéfiques) de ces aliments sur la santé ne sont pas nécessairement applicables aux régimes alimentaires au quotidien. "

Je vous renvoie à l'étude européenne citée en fin de post pour tous les détails et liens logiques, mais en résumé: un super aliment c'est un peu comme une vedette de la télé réalité: tout le monde en parle, pour la simple raison que tout le monde en parle. Au-delà de cette renommée tautologique, modérez vos attentes car la myrtille est à la carotte ce que Mary-Jennifer est à votre cousine Chantal: la même, en pas célèbre.

Bon, maintenant qu'il est acquis que 100 grammes de super baies ne vont pas remplacer  un steak-légumes, qu'en est-il de la valeur ajoutée de mes nouvelles acquisitions sur le plan gustatif ?

Si les baies de cranberry et les fèves de cacao se suffisent à elles-mêmes et constituent un plan grignotage des plus agréables (ça croque, ça caoutchoute, c'est parfumé, on se prend le pleine saveur du cacao et l'acidulé bonbon du fruit sans l'écoeurement du sucre ajouté), les baies de Goji me laissent perplexe. Sous le doigt, la texture rappelle la crotte de nez. En bouche c'est mou, ça colle et ça croque, les trois à la fois, sans conviction. Quant au goût, je cherche encore à l'identifier, jusqu'ici ça me rappelle surtout les crayons de couleur que je mâchonnais en primaire (madeleine, quand tu nous tiens...)

J'en étais là dans mes expérimentations quand, ce matin, affamée et à la bourre face à un placard presque vide, je décide de me faire un smoothie avec "ce qui traîne". Ventre affamé n'ayant point d'oreilles ni de cervelle, voilà que, comme en transe,  j'empile dans le mixer du lait, une banane, de la coco râpée, une bonne cuillerée de beurre d'amande, une poignée de baies de Goji, et (mea maxima culpa) une copieuse poignée de graines de Chia saupoudrée de poudre de blé vert.

Mixi. Bevi. Vomi.

Ceux et celles qui, l'été au jardin, jouaient pieds nus à la dînette avec les mauvaises herbes et le terreau de Mémé, auraient sans doute reconnu dans mon verre le produit des jeux innocents de leur enfance. Quant à moi, je peux contredire l' étude européenne sus-citée sur au moins un point: les superaliments ont effectivement l'avantage d'être hyper-nourrissants. Et par hyper-nourrissant,  j'entends qu'avec le nombre de graines chia que j'ai retrouvées coincées entre mes dents (ou dans des interstices buccaux dont je ne soupçonnais même pas l'existence), je pense pouvoir tenir au moins jusqu'à ce soir, en-cas compris.

(Si quelqu'un cherche des graines de chia ou de la poudre de blé vert, sachez que j'en revends à pas cher.)

Source:http://www.eufic.org/article/fr/artid/The-science-behind-superfoods/

lundi 26 janvier 2015

Les poules couvent souvent au couvent.

Aujourd'hui, Mireille et moi on n'avait pas trop la pêche. Dans ces cas-là, il existe deux plans quasi infaillibles pour nous remonter les zygomatiques : A) danser sur de la musique pas intellectuelle, ou B) manger un truc vachement bien. Comme on n'était que lundi et que quand même bon, on a opté pour le plan B. Vu l'ambiance, il nous fallait quelque chose de distrayant et de réconfortant,  du dépaysant mais presque comme à la maison, de la valeur sûre,bref du Bon d'Etat comestible. "Portugais ?" "Portugais."

Nous voilà donc en train de nous refaire un moral devant un poulet grillé de bonne famille et une morue aux oignons qu'un jour si vous êtes sages on vous en reparlera, quand à l'instant T', Mireille décrète qu'elle veut une crème glacée, fait assez exceptionnel pour un 27 janvier ( j'y reviendrai en temps voulu). Pour faire bonne figure et parce qu'aux grands maux les grands remèdes, je décide de la suivre sur la route du sucre et j'indique du doigt au serveur un nom au hasard sur la carte.

A ce moment de l'histoire, je ne sais pas encore que ma vie (et celle de mon foie) est sur le point de basculer.

Jusqu'ici, mon expérience du "doce" portugais s'était limitée à ses deux représentants les plus courus qui, sans faillir à leur réputation, n'avaient pourtant pas réussi à conquérir mon coeur : le pastel de nata (mini tartelette feuilletée remplie d'une crème jaune façon crème brûlée)  et le bolo de arroz, une sorte de madeleine joufflue à la farine de riz.

Et là, voilà que m'arrive sur la table, voilée de cannelle et zébrée de chocolat, belle comme une première communiante le jour de ses secondes noces,  une énorme part de CECI:


Qui a dit "Omelette Norvégienne" ?

La "torta de claras com doce de ovo", ou "gâteau de blanc d'oeuf farci à la crème d'oeuf" (peut contenir des traces de : oeuf.)

Une masse mousseuse et crémeuse qui résiste à peine sous la cuillère et explose en bouche en un carnaval de textures au goût richement enveloppant (un goût d'oeuf, s'entend, pas la peine de chercher la note fruitée là-dedans, y'en a pas). 
Mes papilles ont crié encore. Mon foie est allé m'attendre dans la voiture. Mireille, qui connait mieux le Portugal que moi, a rigolé. " Quoi, tu savais pas? Ils ont un truc avec les oeufs, là-bas..."

Encore sous le choc de cette rencontre, j'ai voulu comprendre ce qu'était ce gâteau et d'où provenait cette délicieuse débauche ovivore dont je n'avais pas la moindre idée.

Il se trouve donc que la torta de claras, loin d'être une exception, n'est qu'un humble point sur la très longue liste de la "Doçaria conventual", soit les "desserts conventuels", fabriqué par les religieuses et les religieux dans le secret de leurs couvents et monastères.

Voici le peu d'info que j'ai réussi à glaner jusqu'ici: 

"L'origine des desserts conventuels au Portugal remonte au XVe siècle. Elle est notamment liée à l'utilisation abondante de blancs d'œufs par les couvents. Les blancs d'œufs servaient en effet à la fabrication des hosties, mais aussi comme substitut d'amidon pour empeser les vêtements religieux, ainsi que pour clarifier le vin. Afin de ne pas gaspiller les nombreux jaunes d'oeufs laissés de côté par ces opérations, les religieuses portugaises (pour la plupart des jeunes filles issues de la noblesse et de la bourgeoisies, rompues aux arts ménagers) se sont alors mises à enrichir et à complexifier d'anciennes recettes traditionnelles de gâteaux. Bientôt, chaque couvent s'enorgueillit de "sa" spécialité délicate, à la recette jalousement gardée. A la même époque, les explorateurs ramènent du Nouveau Monde la canne à sucre, qu'ils se mettent à cultiver sur l'île toute proche de Madère. Le sucre, jusqu'alors considéré comme un ingrédient pauvre, détrône alors le miel et devient l'édulcorant le plus utilisé dans la pâtisserie religieuse."

Si les communautés religieuses ont pour la plupart disparu, les recettes ont survécu, et chaque ville n'a eu de cesse depuis de perfectionner et promouvoir sa spécialité pâtissière. Chacune d'entre elles mériterait un post à part entière. A suivre, donc.

En attendant la prochaine incartade portugaise, une tisane de fenouil s'impose.

(Sinon, le moral va beaucoup mieux.)

Pour goûter la torta de claras que j'ai mangée, c'est ici 
Pour la recette (en portugais), c'est

Sources:
http://www.gastronomias.com/doces/conventual.htm
http://pt.wikipedia.org/wiki/Do%C3%A7aria_conventual
http://tascadaelvira.blogspot.be/2006/03/que-doeufs-que-doeufs.html

















dimanche 25 janvier 2015

Le premier mot

Dans tout ce qu'on entreprend, le plus difficile, c'est de commencer.

Je vais donc m'alléger la tâche en commençant par quelque chose de simple, à savoir vous souhaiter la bienvenue sur ce blog fraîchement éclos, en espérant que ce que vous y trouverez vous donne l'envie d'y revenir souvent. 

Malgré ce que son nom pourrait laisser penser, vous n'êtes pas ici sur un blog de cuisine. Oh, vous y trouverez sans doute des recettes, au fil des posts, mais ce n'est pas sa vocation principale. Il ne s'agira pas non plus de vous rencarder sur le dernier lieu branchouille où déguster votre mocha vegan avec votre entrecôte argentine (bien qu'en cas de coup de coeur aigu, cela puisse se produire).
A quoi il sert, alors, ce blog?
A parler de nourriture. De la pitance. Du manger. De la becquetance. Bref, à vous parler de bouffe, celle que prépare ma mère, mais aussi celle qui se mange à trois continents d'ici ou celle qu'on consommait il y a deux siècles. Parler de ce qui la compose et de ceux qui la font, le où, le quand, le comment, tout ça.

Ce blog est surtout né, passez-moi l'expression, d'une passion dévorante pour la nourriture, la cuisine, les ingrédients, la petite et la grande histoire de la gastronomie et les choses de la table en général, et de la quasi impossibilité de retrouver un peu tout cela au même endroit et dans une seule langue. Bon, je n'ai peut-être pas cherché à fond, internet est grand et je suis toute petite. Mais tant mieux, car ça nous a donné l'envie d'ajouter notre grain de sel à la marmite.

Bienvenue sur le Mot de la Faim.  Vous tombez bien, on passe justement à table...