Il faut savoir que, un jour de mes 7 ans, le Saint-Nicolas paternel m'a apporté - à ma grande joie - une panoplie du Petit Chimiste, qui m'a été confisquée 24 heures plus tard. J'avais mélangé tous les produits d'un coup dans mon Becher minuscule et tenté de faire chauffer ma mixture sur la lampe à alcool fournie que, faute d'alcool, j'avais copieusement remplie d'huile d'olive (bah oui mais fallait pas me faire lire du Jules Vernes avant l'heure, aussi).
Le début d'incendie étouffé, la boîte de jeu disparut donc aussitôt dans les limbes des objets interdits. Trop tard, hélas: le mal était fait en mon âme innocente et désormais corrompue à jamais. Peser, mélanger, diluer,faire fondre, faire chauffer, transformer un produit en un autre devint une obsession secrète. J'ai longtemps continué mes expériences foireuses dans le secret de la salle de bain, où je mélangeais dans mon verre à dent des quantités variables de tout ce qui me tombait sous la main. Occupation inutile mais qui avait le mérite de vider les flacons de shampoing à une vitesse prodigieuse (et de m'envoyer moisir au coin de longues heures).
Aujourd'hui, je n'ai toujours pas récupéré ma panoplie de chimiste, mais la bonne nouvelle (ou pas) c'est que je ne dois plus m'enfermer dans ma salle de bain pour jouer à Mickey apprenti sorcier car j'ai une cuisine où je règne en maître.
Mais parfois, je craque mon slip et ça dérape.
Explications:
L'autre jour, Mireille et moi traînons dans un magasin quelconque en quête de babioles, quand son oeil aguerri repère, près des caisses, une étagère remplie de condiments et fruits secs de bon aloi.
Parmi les denrées exposées, toute une collection de "superaliments" en promo. Canneberge, baies de Goji, graines de chia, bref, tous ces petits trucs tout secs qu'on vous vend généralement pour la modique somme d'un rein et demi la cuillérée en magasin bio.
Curieuse des papillles ( et déjà brainwashée par le joli packaging, soyons honnêtes), je me dis que c'est là une formidable occasion de tester de nouveaux ingrédients sans devoir grever le budget bouffe hebdomadaire. Et de rentrer à la maison avec la collection complète de superaliments (pourquoi être raisonnable quand ça coûte 2 euros le pot ?) à savoir: des canneberges, des baies de goji, du grué (fèves de cacao torréfiées et concassées), des graines de chia et de la poudre de blé vert.
De retour chez moi, prise de remords face à cet achat impulsif, j'ai quand même voulu savoir sur quel terrain glissant je m'aventurais. Qu'est-ce qu'un "super aliment", déjà ?
"En matière d’alimentation et de santé, le concept de superaliment s’avère très populaire. On ne compte plus dans les médias les reportages sur les aliments ultra-sains, depuis la myrtille et la betterave jusqu’au cacao et au saumon. Ces reportages seraient fondés sur les résultats scientifiques les plus récents, et nous affirment que manger ces aliments donnera à notre corps le coup de fouet nécessaire pour éloigner la maladie et le vieillissement."[...] Pourtant, il n’en existe aucune définition technique, et les résultats scientifiques démontrant les effets (fussent-ils souvent bénéfiques) de ces aliments sur la santé ne sont pas nécessairement applicables aux régimes alimentaires au quotidien. "
Je vous renvoie à l'étude européenne citée en fin de post pour tous les détails et liens logiques, mais en résumé: un super aliment c'est un peu comme une vedette de la télé réalité: tout le monde en parle, pour la simple raison que tout le monde en parle. Au-delà de cette renommée tautologique, modérez vos attentes car la myrtille est à la carotte ce que Mary-Jennifer est à votre cousine Chantal: la même, en pas célèbre.
Bon, maintenant qu'il est acquis que 100 grammes de super baies ne vont pas remplacer un steak-légumes, qu'en est-il de la valeur ajoutée de mes nouvelles acquisitions sur le plan gustatif ?
Si les baies de cranberry et les fèves de cacao se suffisent à elles-mêmes et constituent un plan grignotage des plus agréables (ça croque, ça caoutchoute, c'est parfumé, on se prend le pleine saveur du cacao et l'acidulé bonbon du fruit sans l'écoeurement du sucre ajouté), les baies de Goji me laissent perplexe. Sous le doigt, la texture rappelle la crotte de nez. En bouche c'est mou, ça colle et ça croque, les trois à la fois, sans conviction. Quant au goût, je cherche encore à l'identifier, jusqu'ici ça me rappelle surtout les crayons de couleur que je mâchonnais en primaire (madeleine, quand tu nous tiens...)
J'en étais là dans mes expérimentations quand, ce matin, affamée et à la bourre face à un placard presque vide, je décide de me faire un smoothie avec "ce qui traîne". Ventre affamé n'ayant point d'oreilles ni de cervelle, voilà que, comme en transe, j'empile dans le mixer du lait, une banane, de la coco râpée, une bonne cuillerée de beurre d'amande, une poignée de baies de Goji, et (mea maxima culpa) une copieuse poignée de graines de Chia saupoudrée de poudre de blé vert.
Mixi. Bevi. Vomi.
Ceux et celles qui, l'été au jardin, jouaient pieds nus à la dînette avec les mauvaises herbes et le terreau de Mémé, auraient sans doute reconnu dans mon verre le produit des jeux innocents de leur enfance. Quant à moi, je peux contredire l' étude européenne sus-citée sur au moins un point: les superaliments ont effectivement l'avantage d'être hyper-nourrissants. Et par hyper-nourrissant, j'entends qu'avec le nombre de graines chia que j'ai retrouvées coincées entre mes dents (ou dans des interstices buccaux dont je ne soupçonnais même pas l'existence), je pense pouvoir tenir au moins jusqu'à ce soir, en-cas compris.
(Si quelqu'un cherche des graines de chia ou de la poudre de blé vert, sachez que j'en revends à pas cher.)
Source:http://www.eufic.org/article/fr/artid/The-science-behind-superfoods/



